Guerrier – Chapitre 13

Publié par dans Lecture en ligne Étiquettes : sur 18 juillet 2017 0 commentaires

 

Alors que le tome 3 est toujours en cours d’écriture, Faith Kean et MxM Bookmark s’associent pour vous proposer en exclusivité les trois premiers chapitres de Guerrier. Et pour fêter les 3 ans d’existence de MxM Bookmark comme il se doit, retrouvez chaque mois un nouveau chapitre des Chroniques de Ren jusqu’à la publication du tome 3 (en août 2017).

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GUERRIER – CHAPITRE 13

Je récupérai mes vêtements près de l’entrée, alors que Ryhad se rhabillait. Ma chemise était en parfait état mais lorsque j’examinai mon pantalon, je ne pus m’empêcher de soupirer… Je ne pouvais pas me présenter devant Rydënhad comme ça. Il devait déjà être assez hostile, plus que d’ordinaire, j’avais quand même abandonné son fils le soir de nos noces… Il n’était pas près de m’apprécier…

— Un problème ?

Je lui montrai le pantalon.

— Si tu prévois de déchirer mes fringues à répétition, on va avoir une rupture de stock…

La chambre qu’on m’avait donnée avait été fournie avec des vêtements en suffisance, malheureusement, la taille n’était plus la bonne. J’avais emprunté les vêtements prévus pour Acqen… Et je venais de le priver d’un pantalon.

— J’ai fait commander des vêtements à ta taille quand tu es revenu. Ils sont dans notre chambre.

Ryhad s’avança jusqu’à une malle, au pied du lit, et en sortit plusieurs pantalons qu’il posa sur le couvercle.

— Il doit y en avoir un à ta taille.

J’avançai et effectivement trouvai quelque chose de potable. Une fois présentable, je me dirigeai vers la porte, ne tenant pas à faire attendre le roi plus que nécessaire mais Ryhad attrapa mon bras et avant que j’aie pu réagir, ses lèvres se posèrent sur les miennes. Un baiser bref et chaste qui me fit pourtant autant d’effet qu’un baiser passionné et langoureux. Je dévisageai mon amant, curieux.

— Bon retour chez toi, Ren.

Je souris, parce que malgré sa rancune à mon égard, il m’aimait et il essayerait de passer au-dessus de ce que nous avions vécu… à sa manière. Je pouvais accepter sa colère et ses piques durant un moment, tant qu’il resterait près de moi.

— Ton père va faire une attaque !

— Il a malheureusement le cœur solide.

Je captai l’humour dans sa voix quand d’autres l’auraient pris au sérieux. Je le retrouvais enfin… Le soulagement que je ressentis manqua de peu de me faire perdre l’équilibre.

— Allons-y.

Ryhad prit les devants et ouvrit la porte avant de me laisser passer le premier. Le garde qui était venu nous porter le message du roi était toujours là et il semblait… en panique. Il posa ses yeux sur moi comme s’il essayait de comprendre quelque chose… Il avait effectivement loupé un épisode.

— Altesse, Message…

— Si vous tenez à m’appeler par un titre, Excellence sera parfait mon gars.

Je voulais faire ça pour Ryhad, même si je n’y tenais pas personnellement. J’aurais préféré qu’on m’appelle par mon prénom tout simplement… Mais je commençais à comprendre que ce monde avait des codes et je commençais à m’y faire.

— Excellence, le roi vous demande tous les deux au Jardin des Rois.

Là, il était embêté. Et je pensais bien savoir pourquoi. Ryhad le congédia avant qu’il puisse en dire plus.

— Qu’est-ce que tu as fait ?

La question était plaisante, sur un ton curieux.

— Rien de répréhensible, du moins je crois…

Il leva les yeux au ciel et glissa sa main sur ma nuque après y avoir chassé mes cheveux.

— Je préférais tes cheveux plus courts, au moins, je pouvais voir ta nuque…

Je haussai les épaules en m’appuyant un peu sur sa poigne.

— Je vais les couper.

— Il y a des chances pour qu’ils repoussent aussi sec.

Je levai les yeux pour croiser les siens.

— Aucun dieu ne me fera changer qui je suis et ce que je veux être.

— Tu m’en vois soulagé.

Il intima une pression sur ma nuque et me guida dans les couloirs. Le toucher, sentir sa peau sur moi, sa chaleur, c’était apaisant. Je ne m’étais plus senti aussi bien, aussi complet depuis des mois. Je n’en avais pas eu conscience alors, sans mes souvenirs de lui, mais une part de moi se souvenait… Je me rappelais aussi nos rêves et ce que nous avions partagé. Je me laissai porter par sa main, retrouvant la confiance que j’avais perdue un an auparavant. Nous redescendîmes l’escalier jusqu’à l’aile privée de la famille royale, dépassant les alcôves jusqu’à repérer un attroupement près de la terrasse.

Je savais ce que Ryhad allait découvrir, je le laissai donc prendre les devants lorsqu’il s’avança pour se frayer un chemin parmi les serviteurs. Il rejoignit l’imposante stature du roi et de Kiyran.

— Que se passe-t-il ?

Rydënhad se tourna vers son fils et me découvrant à ses côtés haussa les sourcils.

— Tu es de retour parmi nous, humain ?

— Désolé de vous décevoir.

J’étais presque content de le retrouver, même si nous ne nous appréciions pas mutuellement. Nous aimions une personne en commun et c’était suffisant.

— Tu fais déjà des tiennes ?

Il indiqua le jardin d’un signe de tête et je regardai mon œuvre, conscient que le décor avait quelque peu changé. Les arbres en formation étaient à présent solides et forts, leurs branches se balançant au gré du vent et d’une volonté propre qui faisait onduler les feuilles comme s’ils frissonnaient. Kiyran m’adressa un sourire, comme pour me souhaiter la bienvenue et me remercier pour le spectacle.

— Je pensais ne plus jamais voir ces arbres atteindre l’âge adulte… C’est incroyable.

— Que leur était-il arrivé ?

Un grondement sourd attira mon attention sur le roi alors que Ryhad se plaçait à mes côtés.

— Quand j’étais enfant, des nobles m’ont enlevé… Ils ont mis le feu au Jardin des Rois dans leur fuite et tous les arbres ont brûlé. Il n’en restait rien que des cendres.

J’attrapai le bras de Ryhad, l’incitant à me regarder, ce qu’il fit distraitement.

— Tu as été enlevé quand tu étais enfant ?

Pourquoi ne me l’avait-il jamais dit ? Nous avions passé beaucoup de temps ensemble et au vu de ce qui m’était arrivé… Il aurait été naturel qu’il m’en parle. Je vis son regard s’éclairer quand il comprit ce qui me passait par la tête et sa main caressa ma joue en signe d’apaisement.

— Cela n’a duré que quelques heures et je n’étais pas seul, Eïen avait été capturé en tentant de me sauver des flammes.

Oui, son cas était différent du mien. Des gens étaient venu à son secours, en avaient eu l’occasion. Oh j’avais dépassé le stade de la rancœur depuis longtemps, mais ça me faisait tout de même un choc. Il avait traversé la même épreuve que moi, ressenti la même chose que moi…

Du coin de l’œil, je repérai Acqen derrière les serviteurs et les soldats venus voir le miracle. Il était appuyé contre le mur du couloir. Il m’indiqua d’un signe de tête qu’il avait à me parler et j’attrapai Ryhad par la manche pour attirer son attention.

Je saluai Rydënhad et Kiyran, il faudrait que j’aie une conversation avec le Duc des Contées. Je devais également m’excuser auprès de lui… Le pauvre avait fait de son mieux pour ne pas me révéler la vérité et j’avais été dur avec lui sans comprendre qu’il avait fait tout ça pour moi. Je traversai la foule, Ryhad sur les talons, et rejoignis le mage, toujours aussi nonchalant. Un autre aurait pu penser qu’il se faisait chier mais en fait, il était très attentif à ce qui se passait autour de lui.

— On m’a dit que tu avais retrouvé la mémoire. Comment tu te sens ?

Je me rappelai maintenant qu’il avait réparé le sceau qui retenait mes souvenirs. C’était étrange, de me dire que je l’avais côtoyé durant plusieurs jours, lui et tous les autres, sans me rappeler les événements de la salle d’audience.

— Un peu en vrac mais ça va s’arranger, merci.

Il sourit et jeta un coup d’œil à Ryhad.

— Bien ! Parce qu’on a une tonne de choses à discuter et je commençais à perdre patience.

— Surveille ton caractère, mage.

Le grondement de Ryhad m’apprit qu’il n’appréciait pas trop Acqen… Enfin, je ne l’avais pas apprécié au début, mais son caractère un peu tranché m’amusait beaucoup à présent. Il était provocateur, et prenait un malin plaisir à mettre le doigt sur ce qui faisait le plus mal.

— Ne commencez pas à vous engueuler… Acqen a raison, je nous ai fait perdre assez de temps.

— Ça n’étonne plus personne venant de toi.

— Ryhad, arrête…

Il haussa les épaules et je reposai les yeux sur Acqen, son sourire était énigmatique et je décidai de ne pas le relever.

— De quoi voulais-tu parler ?

Cette fois, son sourire disparut.

— J’ai essayé de parler à Alderian mais il fait la sourde oreille… Cet imbécile préférera voir ce monde s’effondrer plutôt que de permettre de toucher l’épée de Draïne.

— Je vois… Vu la façon dont il nous a accueillis aux portes de Ferin, ça ne m’étonne pas vraiment.

Ryhad posa une main sur mon épaule.

— Ne discutons pas de ça ici, venez.

Il prit les devants, me laissant marcher au côté d’Acqen qui me décrivit en quelques mots son audience avec le roi de Draïne. Nous allions devoir trouver un moyen de lui faire entendre raison… Ou de lui prendre l’épée. Je n’étais pas vraiment emballé par la deuxième option mais Alderian était têtu… Il ne nous laisserait peut-être pas le choix. Franchement, j’aurais préféré qu’ils fassent simple pour une fois !

Ryhad ouvrit la porte de la chambre que je partageais avec le mage et la referma derrière nous. Il partit aussitôt servir trois verres de vin et je remerciai sa prévenance. Parler pendant plus d’une heure m’avait asséché la bouche. Acqen prit place sur l’un des canapés et je l’imitai alors que Ryhad privilégiait le montant de la cheminée. J’étais content de pouvoir l’impliquer dans nos discussions qui jusqu’alors avait été partagées entre Acqen, Norhan, Vike et moi…

— Cet imbécile refuse de voir le pouvoir de son peuple transmis à un humain. J’ai essayé de lui expliquer que tu ne l’étais pas plus que moi mais autant parler à un mur. Il est prétentieux et beaucoup trop arrogeant pour entendre raison.

— Kiyran et Norhan ont déjà essayé de lui parler et sont arrivés au même résultat… Quelles chances a-t-on que j’arrive à le convaincre si je vais lui parler directement ?

Ryhad remit une bûche dans le feu en poussant un soupir.

— Honnêtement, aucune. Draïne traite les humains avec plus de mépris que ce que nous faisons à Ferin… Kiyran pourrait t’en parler mieux que moi…

— Je pense que je me passerais des détails.

Un faible sourire étira les lèvres de Ryhad. Il n’était pas fier de m’avoir traité comme il l’avait fait… Maintenant je le savais. Il fallait qu’on trouve une solution plus radicale que quelques discussions stériles. Mais qu’est-ce que nous pouvions faire ?

— On devrait la voler.

— Je ne suis pas certain qu’Alderian sera dans de meilleures dispositions si on lui vole son bien le plus précieux.

— Il n’aura pas le choix. Si tu intègres le pouvoir de Shanma, et que tu y survis, il devra se plier à la volonté des dieux.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

Je ne connaissais pas vraiment les rites et coutumes de Draïne, j’avais supposé qu’elles étaient semblables à celles d’Infeijin mais mieux valait en être certain.

— L’épée ne peut être touchée à main nue. La légende prétend que tous ceux qui s’y sont essayés sont morts sur le coup. J’ai entendu dire qu’Alderian n’en a même pas touché la garde. Pourtant tous les rois de sa lignée combattaient avec cette épée.

— C’est un pleutre.

Ouais, pour le coup, je n’allais pas reprendre Ryhad à ce sujet.

— Donc tu suggères qu’on vole l’épée et que je la prenne à main nue.

— On n’a pas vraiment d’autres options.

Franchement, tout aurait été plus simple si Alderian pouvait renoncer à l’épée de lui-même. Mais je pouvais comprendre sa réticence… Alderian voulait juste protéger un bien familial. Bon et c’était un con, indéniablement ! Je n’étais pas un adepte du vol, encore moins dans ces circonstances. On risquait de créer un conflit plus important. Mais honnêtement, je n’avais pas d’autre plan en tête.

— Bon. Comment on fait ?

— Alderian ne quitte presque jamais ses appartements, c’est là que je l’ai trouvé et il ne comptait pas en sortir. Quand il sort, il fait garder l’épée par deux de ses hommes de confiance à l’intérieur et deux autres près de la porte… Autant dire qu’on va devoir la jouer fine.

— Il est possible de passer par les jardins. Je l’ai fait pour atteindre Ryhüren tout à l’heure.

Ryhad s’appuya sur le montant de la cheminée en soupirant.

— Tu veux dire qu’il est possible de pénétrer dans la chambre de mon fils par le jardin ?

Ouais, je pouvais comprendre que ça lui pose problème.

— J’ai fait pousser une plante le long du mur jusqu’au balcon.

— Je vais demander à ce qu’on s’en débarrasse.

— Désolé…

— Ça va. Mais avec autant d’inconnus au palais je préfère ne pas prendre de risques.

J’avais été idiot. Je ne pouvais pas mettre le petit en danger de cette manière. C’était idiot de ma part.

— On a besoin d’une diversion.

Je me tournai vers Acqen.

— Dans quel genre ?

— Il faut qu’Alderian quitte ses appartements. Tu nous fais entrer par le balcon, je m’occupe des gardes, tu récupères l’épée et on sauve le monde !

Je ne pus m’empêcher de rire.

— On sauve le monde, sérieux ?

Il haussa les épaules.

— J’ai entendu ça dans un film.

Je n’étais pas près de m’habituer qu’Acqen connaisse si bien mon monde. Bon sang, un film… Je n’arrivais pas à me rappeler la dernière fois que j’en avais vu un. Je n’étais pas un grand fan de la télévision mais je me rappelais des soirées projection avec l’équipe d’athlétisme… Tout ça était si loin…

— Qu’est-ce que c’est ?

Ah, j’aurais eu tant de choses à montrer à Ryhad si nous étions chez moi.

— Quand tout ça sera dernière nous, tu m’accompagneras dans mon monde et on regardera un film.

— Je m’en passe très bien.

— Tu vas adorer ça.

Je choisirais un film de vampires, juste pour voir sa tête devant l’écran. Ça ne manquerait pas de m’amuser !

— Bon, laissez votre programme de côté pour le moment les tourtereaux… On doit trouver un moyen d’éloigner Alderian de sa piaule assez longtemps pour prendre l’épée.

— Combien de temps ?

— Une heure, peut-être deux… Le mieux serait que tu aies intégré Shanma avant qu’il se rende compte de sa disparition.

Bon. Ça n’allait pas être simple, le roi de Draïne prenait ses repas dans ses appartements et ne les quittait que pour rencontrer ses gens. On pouvait organiser une réunion mais Alderian n’y participerait peut-être pas. Il était assez récalcitrant dans ce domaine.

— Un banquet.

Je levai les yeux vers Ryhad.

— Qui nous dit qu’il viendra ?

— Falaën et Lyhanon devraient arriver à Ferin demain. Si mon père organise un banquet et qu’ils y participent tous les deux, Alderian ne voudra pas le manquer. Il est paranoïaque, il ne laissera pas à ses ennemis une occasion de comploter contre lui.

Je fus étonné d’entendre que mes deux principaux alliés étaient déjà en route pour Ferin. Rydënhad avait probablement dû envoyer des messagers dès le jour de mon arrivée à la capitale. Il s’était montré prévoyant, ce qui pourrait bien nous donner un avantage conséquent face à Alderian. Il ne pourrait pas s’opposer à quatre monarques aussi charismatiques et puissants que ceux qui allaient se réunir à Ferin.

— Est-ce qu’on est certain que ça peut marcher ?

— Mon père peut s’assurer de sa présence, il connaît bien le personnage et je ne doute pas qu’il parvienne à le faire venir. Mais si tu n’es pas présent à ce repas, Alderian se doutera de quelque chose…

— Dans ce cas, ce n’est pas la bonne solution.

— Pas forcément…

Je l’interrogeai du regard, mais il semblait perdu dans ses pensées. Je ne dis rien, attendant que son idée fasse jour dans sa tête. Ryhad était brillant quand il s’agissait de mettre des plans en place.

— Il nous faut le chien.

Il n’allait pas recommencer…

— Ryhad, laisse Norhan tranquille.

— Arrête de le défendre et pour le coup, il pourrait bien nous être utile.

— De plus d’une façon, mais pour ce qui nous occupe, je ne vois pas.

— On a besoin qu’Alderian soit distrait suffisamment longtemps pour oublier de regarder où tu es. Le Lycae et moi on peut le faire, s’il se montre coopératif.

— Tout dépend de ce que tu veux lui faire faire…

La part sauvage de Norhan n’était pas raisonnable. Il pouvait suivre un plan mais uniquement s’il en avait envie. Et je doutais qu’il veuille aider Ryhad de quelque façon que ce soit. Enfin, je voulais bien essayer… Il m’avait toujours écouté jusqu’à présent.

— Je vais aller lui parler.

— Non, je m’en occupe.

Il était sérieux ?

— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, si tu veux qu’il nous aide, je pense que je devrais y aller.

— Tu veux que j’arrête de m’en prendre à lui ? Très bien, mais on va régler ça à ma façon.

— J’ai bien peur que ta façon de faire ne me déplaise franchement.

— C’est non négociable. Laisse-moi m’occuper de distraire Alderian et fais ce que tu as à faire avec le mage. Ne pas te soucier de ce que je fais, ça devrait être facile pour toi, non ?

Je m’étais attendu à ce qu’il me laisse des piques après ce que je lui avais fait. Je l’avais mérité mais je n’étais pas certain de pouvoir prendre sur moi très longtemps. C’était blessant, moins que ce que je lui avais fait subir mais… J’espérais qu’il me pardonnerait bientôt.

— Très bien. Fais comme tu le sens.

Acqen se leva en poussant un soupir.

— Bien, dans ce cas nous avons un plan ! On prévoit ça pour dans deux jours, après l’arrivée de Tic et Tac.

Ryhad fronça les sourcils, ne comprenant pas l’allusion.

— De qui ?

Je levai les yeux au ciel.

— Des écureuils… Laisse tomber, il parle de Falaën et Lyhanon.

J’osais espérer qu’il ne les appellerait pas comme ça devant eux. On allait déjà avoir suffisamment de mal à les faire coopérer. Ryhad posa son verre sur le montant de la cheminée, il était vide. Je n’avais pas touché au mien mais j’avais dans l’idée que je n’allais pas tarder à faire cul sec !

— Je vais m’occuper de la plante au balcon et parler à mon père. On se retrouve plus tard.

Je m’attendais presque à ce qu’il passe devant moi sans un regard mais il vint jusqu’à moi et se pencha pour m’embrasser. Ce fut un baiser bref mais intense qui me laissa le souffle coupé et le cœur battant. Il me faisait toujours autant d’effet.

— Ne disparais pas.

Je lui souris.

— Aucun risque.

Son sourire fut amer. Ça me faisait mal au cœur, de l’avoir fait douter à ce point, lui qui avait toujours été sûr de lui. Je le regardai quitter la chambre sans un mot de plus.

— Y a de l’eau dans le gaz avec le prince ténébreux ?

Je serrai la main autour de mon verre et descendis deux grandes gorgées. L’alcool n’était pas la solution mais… Bon sang ce que ça faisait du bien !

— Je lui ai fait du mal, Acqen… Et je ne sais pas comment réparer ce que j’ai cassé.

Je bus une nouvelle gorgée, juste avant que le mage ne m’arrache mon verre de ma main.

— Je peux te dire une chose. Ça, c’est pas la solution.

Oui bon, un verre n’avait jamais fait de mal à personne.

— Tu as fait ce que tu avais à faire. C’est un prince, un guerrier. Il finira par comprendre. Donne-lui un peu de temps.

Oui, mais du temps, nous n’en avions pas beaucoup et je n’avais pas envie de me disputer avec lui plus que nécessaire. Seulement, je ne voyais pas quoi faire pour le récupérer.

Et puis il y avait Norhan… J’avais peur de ce qu’il pourrait se passer entre eux.

De mon point de vue… ça n’augurait rien de bon.

Oh non. Rien de bon.