Guerrier – Chapitre 12

Publié par dans Lecture en ligne Étiquettes : sur 14 juin 2017 1 commentaires

Alors que le tome 3 est toujours en cours d’écriture, Faith Kean et MxM Bookmark s’associent pour vous proposer en exclusivité les trois premiers chapitres de Guerrier. Et pour fêter les 3 ans d’existence de MxM Bookmark comme il se doit, retrouvez chaque mois un nouveau chapitre des Chroniques de Ren jusqu’à la publication du tome 3 (en août 2017).

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GUERRIER – CHAPITRE 12

Il y avait un temps pour la parole et un temps… Pour autre chose. D’un instant à l’autre, Ryhad nous fit basculer de l’un à l’autre, enfermés dans l’étreinte brûlante de son baiser. Je ne savais pas à quel moment il nous avait fait chuter sur le lit mais c’était bien là que nous nous trouvions. Son corps encore habillé surplombant le mien dont la peau brûlait au plus petit contact. Dévoré aurait été un mot trop faible pour décrire ses lèvres sur les miennes, son corps venant à l’assaut du mien… C’était plus dévastateur et plus enragé que cela… Ce baiser n’était pas une réconciliation, c’était une reconquête de terrain brutale et primale, aussi vitale pour lui qu’elle l’était pour moi.

J’avais besoin de sentir son corps, besoin de saisir contre moi son empressement à effacer plus d’un an de séparation forcée. Je n’avais plus été touché comme cela depuis si longtemps… Mais je le voulais, je voulais tout ce qu’il pouvait me donner mais contrairement à ce que nous avions vécu par le passé, cette fois, j’étais prêt à prendre à mon tour. Je n’allais pas le laisser guider cet échange, j’avais dépassé le stade où la pudeur, l’inexpérience ou le doute pouvait prendre le pas sur le désir et le besoin viscéral de le sentir dans et sur ma chair…

Incapable de m’en empêcher et parce que je le désirais si fort, je mordis sa lèvre avec force pour qu’il cesse de me submerger et me laisse l’espace nécessaire pour prendre moi aussi ce que je voulais. Je poussai ma langue à la rencontre de la sienne, reprenant goût au toucher de ses lèvres rudes et la saveur de sa bouche. J’y goûtai le vin, un vin sucré mais aussi l’âpreté du sang qu’il avait bu… à une autre veine que la mienne…

Cette idée réveilla en moi une violence que j’ignorais porter et jouant de ma langue sur ses canines aiguisées, je laissai ma chair s’ouvrir à même sa bouche, mon sang couler sur sa langue et la mienne. Je le sentis marquer un temps d’arrêt, une infime seconde où sa raison le fit hésiter… Puis la bête s’éveilla et prit le pas. Son corps s’écrasa davantage sur le mien, frottant mon entrejambe au sien, si tendu… Il bandait contre mon érection, preuve de la frénésie de son désir. Je le sentis sucer ma langue, en lécher le sang dont le goût emplit ma propre bouche.

Mes mains agitées mais plus assurées que jamais partirent à l’assaut de sa chemise, tirant et forçant les nœuds qui tenaient sa tunique résolument fermée. Il sentit que je bloquais dans ma manœuvre parce que nos corps étaient trop soudés pour me permettre d’atteindre le bas du vêtement et soudain sa main agrippa mes cheveux dans une poigne de fer. Il se redressa en m’entraînant avec lui, toujours corps contre corps.

Nous nous retrouvâmes, lui à genoux dévorant ma bouche de ses baisers effrénés, moi jambes écartées autour de sa taille tirant comme un forcené pour libérer le tissu si désagréable. Je vins à bout de sa tunique à l’instant même où il libéra mes lèvres, me laissant reprendre mon souffle en plongeant dans mon cou.

Je poussai un cri lorsque ses dents mordirent mon cou sans en percer la chair comme une sourde menace à faire couler mon sang. Je voulais qu’il me saigne, je voulais qu’il me boive… Mais je voulais qu’il le fasse profondément en moi de toutes les manières possibles. Je tirai sa chemise, l’écartant de ses épaules et libérant l’accès à sa peau chaude, si terriblement chaude… Je passai mes mains dans son dos, griffant sa chair lorsqu’il mordit à nouveau mon cou tout en donnant un coup de reins qui fit tressauter mon sexe contre son ventre nu.

— Tout. Donne-moi. Tout.

Je rejetai la tête en arrière, laissant ses mains seules me retenir et plongeai mon regard dans le sien. Enivré, sauvage, vindicatif… Et si plein d’une exigence qu’il savait légitime.

— Oui. Prends. Absolument tout.

Je sentis ses mains se refermer sur la chair plus tendre de mes hanches, une crispation qui autrefois m’aurait valu de beaux hématomes et aurait été difficilement supportable mais qui aujourd’hui ne faisait qu’aiguillonner mon désir de sentir à quel point il était fort. Mes mains, incapables de se retenir et comme mues par une volonté propre, défaisaient déjà son pantalon, avides de toucher et de libérer la marque évidente de son désir. Je frôlai son sexe dans la manœuvre, lui arrachant un feulement qui n’avait rien d’humain et qui me fit sourire, un sourire affamé…

Pour jouer et reprendre contact avec lui, au-delà de l’acte physique, je posai à nouveau ma main sur son érection par-dessus le tissu et ses mains se crispèrent davantage sur mes hanches. Une longue expiration s’échappa de ses lèvres entrouvertes et je m’avançai pour mordiller sa lèvre inférieure. Je le sentais sur le fil du rasoir, retenant ses mouvements, tenant fermement mon corps comme pour ne pas me toucher ailleurs et j’en ignorais la raison…

Il avait pensé à quelque chose… Quelque chose qui l’avait arrêté… Mais quoi ?

— Ryhad… Prends-moi. S’il te plaît, prends-moi…

Je n’aurais jamais dit une chose pareille un an auparavant, aujourd’hui, je mourais d’envie de ne dire que cela. Mais le mieux, aurait encore été qu’il obéisse. Je fis monter et descendre ma main sur son sexe, laissant le rugueux tissu caresser la chair tendre de sa hampe fièrement dressée.

Un instant plus tard, sa main se refermait sur mon poignet si fort qu’il paralysa tout mouvement. Je me redressai, surpris et soudain mortifié à l’idée qu’il m’arrête… Qu’il nous arrête maintenant…

— Je ne. Peux. Pas.

Ses dents étaient si étroitement serrées que j’eus du mal à comprendre. Mais le sens, lui, ne tarda pas à me frapper. Non… Il venait de dire, « je ne peux pas », et non qu’il ne le voulait pas. Son corps était collé au mien, son sexe dressé, ses lèvres encore rouges du sang que j’avais fait couler dans sa bouche… Il me désirait. Je le savais, je le sentais dans ma propre chair… Mais ce n’était pas le désir qui figeait son corps et tendait le moindre de ses muscles.

— Je ne comprends pas.

— Je ne vais pas pouvoir… être… Je me contrôle à peine.

Je baissai les yeux sur ses mains, ses doigts imprimaient déjà une marque rouge sur ma chair et je ne doutais pas que ses dents aient laissé leurs propres marques sur mon cou. S’il avait donné autant de force dans l’une de nos précédentes étreintes, j’aurais déjà été blessé. Je n’aurais pas apprécié… Mais j’étais différent à présent…

— Arrête d’essayer, Ryhad. Ce n’est plus nécessaire maintenant.

Son regard de braise croisa le mien et je lus toute la bestialité qu’il retenait encore enchaînée en lui. Il avait beau s’être affaibli, il n’en restait pas moins que le sang qui coulait dans ses veines descendait d’une lignée puissante et pure. Il avait toute l’apparence d’un humain et je savais depuis longtemps qu’il ne s’agissait que d’une apparence… Cette fois, je frôlais ce qu’il renfermait dans son âme… Cette partie de lui qui m’appartenait encore complètement.

Je me penchai vers lui, laissant glisser ma main libre sur sa joue et caressant de mon souffle le lobe de son oreille. J’allais libérer la bête au fond de lui et aujourd’hui plus que jamais, j’étais prêt à en assumer les conséquences.

J’en avais la force.

— Ryhad. Tout va bien.

Je sentis sa respiration se bloquer, le moindre de ses mouvements se figer. J’allais lui révéler mon secret le plus sombre, ce que je ne m’étais pas autorisé à dire ou même à penser jusqu’ici et qui pourtant était bien ma nouvelle réalité.

— Je ne suis plus humain, Ryhad.

Le dire blessa une partie de moi, une partie infiniment humaine qui subsistait encore sous le pouvoir de Luta et Shieran, sous tout ce qui m’était arrivé depuis que je m’étais uni à Ryhad ; depuis que j’avais fait le choix de me lier à lui pour le reste de mes jours. Ce fragment de moi-même qui regretterait toujours d’avoir vu sa vie se briser en mille morceaux et d’avoir tant perdu. Mais malgré tout, tant que je ne l’oubliais pas, il restait vivant, quelque part… Ce qui ne signifiait pas que je devais rejeter celui que j’étais aujourd’hui… Un être qui n’avait plus rien d’humain.

La main de Ryhad se posa sur ma joue et je reportai mon attention sur lui, croisant son regard, y lisant une compréhension intense et intime. Il avait compris… Malgré la colère et sa maîtrise qui lui échappait, malgré un an de séparation, il arrivait encore à me comprendre, à voir au-delà de ce que les autres pouvaient percevoir… Mon Ryhad.

— Qui que tu sois. Quelle que soit ton apparence. Il n’y a qu’une chose qui ait de l’importance.

Il passa son pouce sur ma lèvre et ses yeux se mirent à briller d’un éclat écarlate comme l’intensité de sa voix se faisait plus profonde.

— Tu es à moi.

Je me serais sans doute penché avec émerveillement sur son aptitude à me comprendre si bien, s’il n’avait pas détourné mon attention dans la seconde qui suivit. Il me propulsa à la tête du lit, me prenant au mot quant à mon humanité perdue, sans la moindre douceur. Mon dos frappa le mur durement alors que les coussins amortissaient le choc sous mes fesses. Pas pour longtemps, j’eus à peine le temps de reprendre mon souffle qu’un prince affamé de ma chair bloqua de son corps toute retraite.

Je n’eus pas le temps de reprendre mon souffle, ni de laisser échapper la moindre plainte. Il me bâillonna de ses lèvres voraces, dégustant mes lèvres comme si je le nourrissais d’un nectar divin. Il ne me fallut qu’un instant pour me ressaisir et partager ce baiser brutal qui exigeait que je lui réponde avec une ardeur aussi intense. Je passai mes bras autour de ses épaules pour me soutenir mais dans cette position, même en ayant pris quelques centimètres, mon sexe ne touchait plus le sien… par contre mes fesses sentaient poindre son douloureux plaisir par quelque vague attouchement lorsque je me laissai aller contre lui.

Je me retins, souhaitant goûter encore cette fièvre qui nous enveloppait tous les deux et nous rendait à moitié dingues. J’avais levé la barrière fugace mais farouche qu’il s’était toujours imposée en ma présence et ce faisant… J’avais également levé l’une des miennes.

Était-ce la présence de Luta et Shieran dans mes veines qui me donnait cette impression de brûler de l’intérieur ? Était-ce notre lien d’union qui se rappelait à présent à ma chair ? Ou le simple refoulement d’un besoin primal de m’unir à lui après une si longue période sans même me souvenir de son nom… Mais je sentis remuer en moi quelque chose de sombre et de beaucoup plus primaire. Ce gonflement lourd et chaud s’éveilla à ma conscience et soudain, elle m’éveilla à un univers que je n’avais jusqu’alors que frôlé…

Je sentis l’odeur mâle, intense, empreinte de musc et de sueur qui couvrait la peau de mon amant retrouvé. J’entendais le rythme frénétique de son cœur qui frappait sa poitrine à l’unisson du mien. Dans une explosion de sensations qui me tint à la limite de l’implosion, je sentis au-delà de nos chairs, au-delà de nos corps unis, au-delà de chaque caresse et de chaque baiser… je sentis le lien qui nous unissait par le sang et le serment…

Je sentis son âme forte et fière, j’entendis son chant unique vibrer contre la mienne, je goûtai sur ma langue l’arôme suave de son pouvoir et au centre de ce marasme de sensations, au cœur de cette perception aussi pure que décadente… Ce lien qui nous unissait l’un à l’autre quelle que soit la distance… Ce lien que seul l’Entre-Deux pouvait réduire à Néant…

Ce lien… Sur le point d’être brisé.

De fureur, la sombre présence qui logeait en moi surgit de l’ombre de ma conscience, engloutissant tout raisonnement ou toute pensée rationnelle. Refusant d’accepter ou même de regarder plus longtemps ce lien réduit à un fragile filin sur le point de disparaître à jamais.

Pris d’une frénésie aussi intense que celle qui privait Ryhad de son contrôle, je rejetai ses lèvres pourtant si exigeantes et plongeai vers son cou dans un grondement qui n’avait rien d’humain et qui jamais n’aurait dû pouvoir sortir de ma gorge.

Je le sentis se figer sous moi, une seconde, une brève seconde avant que mes dents ne s’abattent sur sa gorge dans un réflexe brutal et sauvage. Je sentis vivement deux crocs percer la peau tendre de mon amant, en forcer la texture fine et délicate. Je sentis le cœur battant de Ryhad pulser sous mes lèvres, l’odeur cuivrée de son sang sous la fine couche de peau d’albâtre…

Cela aurait pu suffire à me faire jouir sur-le-champ… Mais Ryhad en fit davantage, faisant encore monter d’un cran ce qui était déjà insupportable. Il s’enfonça en moi, poussant son sexe d’un seul mouvement jusqu’au cœur de mon être à l’instant même où la pointe de mes crocs se rétracta, laissant une rivière de sang brûlant couler dans ma gorge.

Je n’eus plus conscience des grondements qui s’échappaient de sa gorge, ni de ceux qui échappaient à la mienne. Seul comptait le liquide qui envahissait ma gorge dans un flot régulier et que je tirais à moi en quelque aspiration gourmande et vorace. Seule comptait l’érection de Ryhad qui me transperçait le corps et ruait furieusement en avant comme pour pénétrer plus avant mon corps, comme pour se fondre à travers moi.

Durant quelques minutes qui me semblèrent des heures, ce furent les seules sensations qui m’atteignirent… Jusqu’à ce que le lien que je sentais toujours esquisse un timide frémissement, pâle et fragile mais qui petit à petit prit de l’ampleur comme monte une marée.

La bête qui s’était éveillée en moi recula alors prudemment sous la surface et je fus à nouveau simplement dans mon corps aux prises d’un millier d’explosions de sensations physiques qui m’avaient jusqu’alors échappé. Le plaisir de sentir le corps de Ryhad contre mon érection tendue à l’extrême, la douleur infime qui persistait après son intrusion brutale, chaque mouvement de son sexe qui venait à l’assaut de mon intimité qui pulsait déjà autour de lui réclamant que jamais il ne se retire.

Cela me frappa en une seconde et, relâchant son cou, je rejetai la tête en arrière, laissant échapper un cri que je n’aurais su définir. Soulagement, plaisir, douleur, acceptation, désir… Un mélange de tout ce que Ryhad pouvait me faire ressentir.

Redevenu moi-même, je poussai mon bas-ventre vers lui, exigeant un mouvement plus profond encore et profitant de nos corps joints pour combler mon propre sexe de ce qu’il avait besoin. Je sentis son grondement faire vibrer son torse avant même de l’entendre au creux de mon oreille…

Et je compris ce qui allait suivre. Penchant la tête de côté, je lui offris ma gorge sans la moindre hésitation. Il pouvait me tuer, me déchirer la chair et faire couler mon sang… Mais une partie de moi savait qu’il ferait juste ce qu’il fallait.

Sa morsure fut brutale et rapide mais n’éveilla aucune douleur malgré la force qu’il mit à atteindre mon sang. Un éclair de plaisir frappa mon corps et je me tendis comme un arc sur lui, mes jambes serrées autour de sa taille, mes bras fermement arrimés à ses épaules. Je me figeai, paralysé par la vague de l’orgasme qui montait en moi encore et encore à une vitesse incontrôlable.

Mes mouvements se firent saccadés sur son sexe, et il me fallut quelques instants pour me rendre compte que je bougeais au rythme de ses succions sur mon cou. D’une manière ou d’une autre, il m’ordonnait la cadence d’en bas, par le contrôle qu’il exerçait en haut.

Pris au piège de sa domination, je restai sur le fil du rasoir, à deux doigts de jouir mais incapable de me libérer durant ce qui me sembla une éternité. Puis d’une voix étranglée et presque brisée, je lui dis les seuls mots qui nous libéreraient tous les deux.

— Ryhaïgarhad… Je t’aime…

La fracture fut plus puissante que ce que j’avais ressenti lors de notre première union devant les Dieux et le Roi… Alors même que je lâchais l’aveu le plus sincère que je pouvais offrir, le pouvoir frappa, éveillant dans mon dos une brûlure acide, presque glacée tant elle était intense. Cela même ne suffit pas à éloigner l’orgasme de la surface. Ce fut même l’un des facteurs du brusque et brutal orgasme qui saisit chaque fibre de mon corps alors que je sentais Ryhad se répandre en moi par vagues successives.

Je me laissai porter, incapable de maîtriser les vagues de plaisir qui explosaient encore et encore jusqu’à faire papillonner mes yeux, me voilant complètement la vue. Je serrais Ryhad contre moi parce que mon dos était toujours à vif et que je n’aurais pas supporté de toucher le mur mais c’était bien la seule considération qui arrivait à m’atteindre alors que je me répandais entre nos corps humides de sueur.

Je n’étais pas le seul à avoir besoin de tenir un rocher dans la tempête, Ryhad me tenait aussi étroitement qu’il le pouvait sans me passer au travers. Le lien d’union se remettait en place, parce que j’avais bu son sang et lui le mien alors que nous étions aux portes de l’Entre-deux… Mais ce n’était pas cette retrouvaille magique que nous subissions comme une violente tempête…

C’était les lunes…

Shieran et Luta que j’avais portées en moi depuis des semaines et qui l’une et l’autre brisaient mon corps à petit feu venaient de trouver un corps qui leur était plus à même de gérer une telle densité de puissance. Je les sentais en moi qui s’engouffraient à travers le lien d’union, balayant la force de Ryhad pour envahir son corps comme elles avaient envahi le mien. J’ignorais comment je pouvais le savoir mais leur essence, leur nature elle-même demeura en moi, dans ma chair et mon sang comme dans mon esprit… Mais le trop-plein d’énergie que je ne pouvais gérer ou utiliser sans créer de catastrophe de grande échelle se déversa dans le corps de Ryhad qui s’accrochait à moi pour ne pas sombrer.

Une seconde, une minute, plusieurs heures…

 

Combien de temps écoulé ? Je n’en savais rien… Lorsque le flot de pouvoir se stabilisa entre nous, courant à travers notre lien d’union comme un simple circuit électrique fermé. Après une telle épreuve, aussi charnelle qu’intense, je me sentais non seulement vidé mais comblé.

Je n’avais jamais ressenti un tel plaisir dans nos rêves partagés et je ne pensais pas en avoir ressenti autant avant cela… Mais ce que nous venions de vivre et de ressentir, allait au-delà du sexe… Lentement, Ryhad se laissa retomber en arrière, m’entraînant avec lui, et je me retrouvai allongé sur son torse, ma joue contre son cœur qui peinait à reprendre un rythme normal tout comme son souffle.

Nous laissâmes filer les minutes dans un silence reposant. Je n’aurais pas été aussi détendu si les mains de Ryhad n’avaient pas caressé mon dos sans relâche. Puis sa voix brisa le silence, rompant la prison de mon angoisse.

— Je t’aime aussi, Ren.

Je me redressai sur lui, pour voir son visage, parce que je ne voulais pas manquer l’expression qu’il m’offrait. Pas de sourire ou d’humour dans ses yeux d’un rouge serein intense mais une sincérité que j’avais eu peur d’avoir perdu pour toujours. Il leva sa main pour prendre ma joue en coupe, caressant la naissance de mes cheveux sur ma tempe.

— Mais si tu pars encore une fois en me ramenant un chien errant, je ferai couler son sang d’ici au Sanctuaire.

Je ne pus m’empêcher de sourire malgré moi et malgré l’image du corps sanglant de Norhan traîné par Ryhad des portes de Ferin jusqu’aux terres de Lyhanon. Je pense que cela aurait un peu compromis mes efforts diplomatiques.

— Et si je reviens vers toi encore une fois pour te trouver à boire le sang d’un autre… Son sort fera figure de cauchemar jusqu’à ce que ce monde s’effondre.

Il parut surpris un instant, jamais l’ancien Ren n’aurait proféré de telles menaces. Oh, je n’aurais pas manqué de lui donner mon avis sur la question, mais le sérieux de ma propre voix me surprenait également. Je n’étais plus seulement Ren, j’étais également un être de pouvoir et je pouvais donner la mort comme il m’était possible d’en sauver. Il finit par laisser un sourire effleurer ses lèvres. Sa main quitta ma joue, mais pas pour s’éloigner, au contraire, il vint passer un doigt sur mes lèvres.

— Montre-les-moi.

Je ne compris pas tout de suite ce qu’il souhaitait que je lui montre puis mes yeux se posèrent sur la morsure déjà cicatrisée qui rougeoyait encore sur sa gorge.

Oh ça !

J’entrouvris les lèvres et le laissai passer son doigt sur mes dents ; presque aussitôt je sentis les petits crocs poindre sous son toucher. Étrangement, je trouvais cela très intime, peut-être encore plus intime que ce que nous venions de faire. Je le regardai alors qu’il analysait scrupuleusement mon nouvel atout qui ne se manifestait que lorsque j’avais un besoin de sang ou… de toute évidence, quand j’étais excité.

— Kiyran m’a dit qu’il avait dû être le premier sang à tes lèvres…

Il laissa sa main retomber, laissant mes dents tranquilles pour passer ses doigts autour de ma gorge. S’il avait été n’importe qui d’autre, jamais je ne l’aurais laissé faire ça. Mais c’était Ryhad, tout simplement.

— Je n’ai jamais été si proche de tuer mon oncle.

— Je venais de faire pousser une plante géante directement dans ma veine… Il écope de circonstances atténuantes.

Je me rappelais maintenant combien j’appréciais Kiyran, le Duc des contées qui m’avait soutenu devant les nobles alors que je n’étais à leurs yeux rien de plus qu’un humain. Je comprenais maintenant bien mieux chaque mise en garde, chaque prise de bec qui l’avait opposé à Norhan… Je comprenais qu’il m’ait empêché autant que possible de flirter avec le lycae. Bon sang… Je lui devais une fière chandelle !

Ryhad nous fit basculer sur le côté et je me retrouvai allongé sur le dos, son corps le long du mien et sa tête appuyée contre sa paume.

— C’est aussi ce que j’ai entendu dire mais depuis que tu es de retour, j’entends dire beaucoup de choses.

— Si tu me demandes, je te raconterai tout… Dans les moindres détails, sans omettre la moindre part.

— Durant une année, je n’ai cessé de me demander où tu te trouvais. En présence d’amis ou d’ennemis ? En sécurité ou proche de la mort… Alors oui, je te le demande.

Je ne répondis rien, cherchant dans mes souvenirs nouvellement retrouvés et ceux qui ne m’avaient jamais quitté, où tout cela avait commencé. Je me rappelais maintenant absolument tout mais malgré la magie que Wido avait déployée pour me rendre ce qui m’avait été pris… je me sentais confus. J’avais été tellement obnubilé par mon besoin de retrouver Ryhad que je ne m’étais pas rendu compte que réfléchir à mes souvenirs était si difficile…

Je me rappelais bien chaque événement de mon départ à ce jour, je n’avais rien oublié, tout était là intact mais je peinais à m’y raccrocher suffisamment pour commencer mon récit.

À mes côtés, le regard de Ryhad s’étrécit comme s’il voyait au-delà de mon expression neutre. Je savais que dans un sens, il le pouvait, il le pouvait vraiment. Parce qu’il me connaissait mieux que quiconque… Je m’apprêtais à lui expliquer que j’avais besoin de plus de temps pour me remettre les idées en place mais un coup frappé à la porte me ramena à la chambre spartiate et impersonnelle.

— Altesse ! Le Roi vous fait mander, vous et le Messager.

Je vis Ryhad lever les yeux au ciel, ce qui me fit sourire. Certaines choses ne changeaient pas et son père l’exaspérait toujours autant…

— Je pense qu’il n’est plus utile que tout le monde m’appelle Messager.

— Ce ne sera plus utile puisque tu reprends ton premier titre.

— Ah oui… Excellence… Je pense que je préfère encore être le Messager des Dieux.

Ryhad me repoussa pour se lever mais son soupir me fit comprendre que tout n’était pas réglé entre nous. Je pouvais le comprendre et je ne m’attendais pas à ce qu’il oublie une année d’absence et la trahison qu’il pensait que je lui avais infligée.

— C’est toi qui as choisi de te lier à moi. Assume.

Est-ce que nous en étions vraiment là ? Est-ce qu’il allait me reprocher ma trahison à la moindre occasion ? Il en aurait eu le droit, c’était lui la victime dans tout ça, mais je n’allais pas le laisser faire. Je me redressai, lui attrapant l’avant-bras avant qu’il ne s’éloigne. Je n’allais pas le laisser me repousser…

Il était tout ce que je voulais et j’étais prêt à me battre pour le récupérer.

— Tu peux m’en vouloir autant que tu veux, tu en as le droit après ce que je t’ai fait… Pour l’instant tu doutes de moi et quoi que je dise ça ne changera pas. Je peux le comprendre mais, Ryhad… J’arriverai à te faire croire en moi à nouveau.

Je n’étais pas certain d’avoir un plan pour récupérer un amant à l’ego blessé mais j’allais probablement trouver quelque chose… N’importe quoi. Je pourrais peut-être mettre la main sur un bouquin, un manuel dans l’une des innombrables bibliothèques…

Un baiser aussi léger qu’impromptu interrompit mes pensées. Lorsque je levai les yeux, Ryhad se redressait déjà mais la chaleur de ses lèvres s’attardait encore sur les miennes. Mais je ne ratai rien du sourire arrogant qu’il m’offrit… Une petite lueur d’espoir.

— J’ai hâte de voir ça…