Bonus – La garde, Faith Kean
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Bonus – La garde, Faith Kean

KEAN Faith - Prisonnier

 Les chroniques de Ren

Faith Kean

Copyright © 2015

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La Garde

Ce n’était pas la première fois que je le regardais de travers, avisant l’expression de son visage et tentant de déceler sous les couches d’arrogance, le vrai du faux. En règle générale, un sourire finissait par contracter un coin de lèvre joueuse, ou une lueur venait éclairer son regard m’indiquant que les mots et le ton autoritaire qui les prononçait, jouaient avec mes pieds. Mais là… pas le moindre début de sourire et pas le plus petit éclat de malice…

Putain de bon sang ! Il plaisantait pas !

— Je refuse.

Le ton était net, catégorique et ferme. Autant dire, pas grand-chose face à un tel adversaire mais je commençais à avoir l’habitude. Un haussement de sourcil hautain qui me rappela à quel point il était éloigné d’un être humain. Heureusement, je voyais au-delà des murailles solides qu’il élevait autour de lui et cela même quand il feignait une dispute qui n’en était pas vraiment une.

— Tu refuses ?

— Évidemment que oui ! Je ne vois même pas pourquoi tu as posé la question, ma réponse était courue d’avance !

Il se pencha un peu plus, son souffle balayant mon visage comme une tendre invitation à céder tout de suite pour accéder plus rapidement à la case réconciliation. Il savait qu’il pouvait facilement m’avoir sur ce chemin, mais pas cette fois !

— Je n’ai pas eu l’impression de poser une question, ou de demander une réponse. Non. Je suis même certain de ne pas l’avoir fait.

Un baiser chaud au coin de ma lèvre qui détonnait avec la dureté de son intonation.

— En fait, j’étais persuadé d’avoir donné un ordre.

Ce fut à mon tour de le dévisager en haussant les sourcils.

— C’est sûr, tu maîtrises le concept à la perfection mais dis-moi, ô mon Prince, quand ce genre de méthode a-t-elle fonctionné sur moi ?

Cette fois, j’avais gagné : un sourire effronté éclaira son visage et il me montra cette expression unique qui n’était réservée qu’à moi. Une complicité farouche s’inscrivit dans son regard et me fit baisser la garde.

— La rumeur prétend que mon Consort m’obéit en toute chose.

Ce qui fallait pas entendre !

— Tu devrais arrêter de fréquenter ton Oncle… C’est très, très mauvais pour notre relation de couple.

La notion de couple était étrangère à cet homme plein d’assurance qui avait grandi dans un univers de violence, de trahisons et qui avait le devoir chevillé au corps. Mais s’il n’utilisait jamais ce mot, il usait de bien d’autres, Ami, Amant, Amour… Consort. Avant lui, je n’avais pas eu conscience que tous ces mots désignaient un même attachement, une même signification. Aujourd’hui, j’apprenais à décliner mes sentiments sous toutes ces formes et mon compagnon apprenait à faire de même.

Une main caressante remontant le long de ma cuisse me ramena soudain au présent et au corps imposant qui surplombait le mien, protecteur et intime. Je laissai la sensation de sa peau sur la mienne électriser mon épiderme et accélérer les battements de mon cœur. J’avais déjà joui cette nuit, à vrai dire, à peine quelques instants auparavant, mais s’il me touchait, le désir reviendrait en flèche car je n’en avais jamais assez de cet homme.

Mais, je connaissais aussi ces techniques par cœur, je le connaissais lui, par cœur. Et ça là… C’était une tactique de détournement pur et dur !

— N’essaie pas de changer de sujet !

Un baiser dans mon cou, envoyant une série de frissons dévastateurs jusqu’à une zone avide de mon corps qui s’éveillait à nouveau.

— Je n’en fais rien, le sujet est clos.

Qu’est-ce qu’il pouvait être… exaspérant ! Ouais, j’apprenais des mots compliqués, de plus de deux syllabes ! Un effet furieusement efficace des heures passées avec Eïen. Le Consort du roi ne supportait pas le moindre juron ! Alors oui, connard, abruti, con étaient remplacés par « exaspérant » ! Résultat, je le sortais à tout bout de champ et c’était devenu une plaisanterie privée, partagée avec une certaine personne qui se moquait allègrement de mes efforts de langage.

Je me redressai sur le lit, laissant le matelas s’enfoncer un peu plus sous mes fesses et obligeant mon amant à suivre le mouvement.

— Ryhad, j’ai dit non, je ne veux pas ça, je n’ai pas besoin de ça, je n’accepterais pas ça !

Cette fois, il redevint sérieux et, complètement nu, ce que je ne manquais absolument pas, s’allongea sur le flanc, posant sa tête dans sa main avec une nonchalance que je savais parfaitement calculée. Le drap entortillé autour de mes pieds ne pouvait le couvrir entièrement et je devinais les poils sombres de son intimité contrastant sur la soie blanche.

— Ren, c’est la tradition et plus encore, c’est inscrit dans nos textes de lois. Les Consorts de la Couronne doivent avoir une Garde personnelle !

— Je ne vois pas Eïen se promener avec une bande armée dans les couloirs…

— Les Ombres. La garde d’Eïen est connue sous le nom d’Ombres du Consort. Il a veillé à ce que son escorte soit aussi discrète que possible.

Assurément, ils étaient doués, je n’avais jamais vu qui que ce soit protéger le compagnon du Roi. Quand bien même… Je n’avais pas dit mon dernier mot !

— Et toi ?

— J’ai mes Lames, mon père a ses Chasseurs, même Kiyran a ses Murmures.

— Parce qu’en plus je vais devoir leur trouver un petit nom ?!

Franchement, mais franchement !

— Je ne vois pas ce qui te dérange tellement. La plupart du temps, je ne remarque même pas la présence de mes hommes. Il n’y a pas de mal à avoir des yeux qui assurent tes arrières, en particulier ici, à la cour de Ferin.

— Tu penses vraiment que je pourrais me faire attaquer dans un couloir ?

Certains nobles étaient dangereux, et ils ne cachaient pas leur animosité à mon égard. Qu’un humain, ou du moins en grande partie, fasse partie de la famille Royale leur restait en travers de la gorge. Mais je doutais sérieusement qu’ils s’en prennent à moi dans un corridor. Ryhad l’aurait aussitôt senti et je n’aurais pas donné cher de la peau du pauvre bougre.

— Il t’arrive de quitter le Palais, même si je n’aime pas cela, tu visites ta maison d’enfant dans les faubourgs, tu quittes la cité pour des missions diplomatiques ou des réceptions chez nos nobles. Je ne peux pas toujours t’accompagner.

Je fouillai son regard, cherchant à comprendre pourquoi, au-delà de l’aspect traditionnel, tout ceci était important pour lui.

— En fait, tu es inquiet.

Il passa une main dans ses cheveux en soupirant et je suivis l’ondulation sombre des mèches qui lui tombaient sur les épaules. Entortiller la soie qui chutait jusqu’à ses reins était devenu un passe-temps et une habitude incontrôlée.

— Je n’ai aucune honte à le reconnaître. Oui. Je suis inquiet. Quand tu disparais de ma vue, que tu pointes le bout de ton nez dans les bordels et les tavernes sans prendre de garnison avec toi, je suis inquiet. Quand tu pars pour d’autres domaines avec un minimum de soldats, je suis inquiet. Quand tu déambules dans le Palais sans personne à tes côtés, je suis foutrement inquiet !

Ça c’était mon Ryhad. Il ne se dissimulait jamais derrière de grands airs, non, il n’avait pas de honte à dire qu’il avait peur. J’aurais normalement rectifié ses déclarations, je n’allais pas dans les bordels, j’allais dans un seul bordel et uniquement pour discuter avec le propriétaire. Mais son honnêteté envers lui-même et envers moi me convainquit de fléchir légèrement.

— Ça te rassurerait vraiment que je prenne une garde ?

— Oui.

Catégorique et sans appel. Bien…

— D’accord…

Une lueur de triomphe s’épanouit dans son regard mais j’allais peut-être pouvoir lui faire regretter sa jubilation.

— Mais j’ai une condition. Je choisis les membres de cette garde qu’ils te plaisent ou non, c’est non discutable.

J’aurais voulu voir son regard céder mais il n’en fit rien.

— Je devrais reconnaître leur compétence, inutile d’avoir une garde si elle n’est pas fichue de te protéger ou de faire ce qui est nécessaire pour que tu restes en vie.

Je n’aimais pas l’idée que des gens que j’appréciais se dévouent de cette façon pour moi, parce que je ne considérais pas que ma vie fût plus importante que celle des autres. Enfin, je supposais qu’il s’agissait plutôt de déjouer des complots politiques ou ce genre d’intrigue de cour et ça, ce n’était pas un domaine dans lequel j’excellais. Soit j’aimais un noble, soit je ne l’aimais pas, j’y allais à la première impression, ce qui était un problème. Ryhad m’avait plusieurs fois demandé de composer avec la cour, que je pouvais ne pas apprécier certains membres, mais que je me devais de les prendre tous en considération. Que je ne pouvais pas faire de franc favoritisme et je comprenais très bien l’idée, même si j’avais du mal à m’y faire. Eïen lui, s’était facilité la tâche, il ne montrait aucun intérêt pour personne, au moins, il n’y avait pas de jaloux.

Malheureusement j’avais déjà eu quelques maux avec certains jeunes nobles qui avaient du mal à accepter ma condition d’humain, ou du moins, mes origines. Je n’y pouvais rien, mais me mettre ces gens à dos me compliquait sérieusement les choses.

— Bon, très bien. Je choisis Mirënwe, le Duc de Ker, Bayne et Aribel.

Je m’étais rapproché des trois comparses lorsque j’avais racheté la propriété de Ker pour fonder la Maison du Roi. J’avais adjoint Ker à la gestion des lieux et même s’il aimait l’aventure, le jeune seigneur s’était pour l’instant installé à Ferin de façon permanente.

— Tu ne peux pas faire de ton premier serviteur un membre de ta garde.

— Pourquoi ça ?

— Je doute que Mirënwe sache tenir une dague et je ne voudrais pas le contraindre à s’en servir.

Je me redressai sur mes coudes, plantant mon regard dans le sien.

— J’ai vu Mirënwe lancer un couteau sur cinq mètres et toucher sa cible dans le mille. Il est super compétent !

Mon ami était gentil, délicat et d’une nature enjouée et discrète mais il n’était pas faible pour autant. Beaucoup pouvaient s’y tromper mais je le connaissais bien, et il n’était pas plus sans défense qu’un soldat de Ferin… Après tout, son Oncle était le Capitaine de la Garde Royale et il avait accompagné Ryhad lors de sa formation militaire. Il était un serviteur de campagne, et même s’il n’aimait pas ça, il savait se battre.

— Je ne compte pas lui demander de tuer pour moi, mais, de toute façon, Mirënwe me protège à sa façon quand il le peut… Il se tient à l’écoute, me parle des nobles que je rencontre et il est probablement la personne en qui j’ai le plus confiance après toi. Donc, oui, rationnellement, je veux que Mirënwe fasse partie de ma Garde.

Son regard fléchit et je le vis réfléchir sérieusement à mes arguments.

— Bien, ton raisonnement se tient… S’il accepte ce poste, j’autoriserais qu’il entre dans ta garde.

Je souris, vainqueur, mais l’expression fermée de Ryhad m’apprit aussitôt qu’il n’avait pas fini de protester.

— Mais Ker t’apporterait plus de problèmes qu’il n’en résoudrait et Aribel est déjà le garde du corps de Bayne.

Oui bon, Aribel prenait vraiment son rôle très au sérieux et leur truc de garde du corps, même s’il était vrai, allait dans les deux sens, parce que Bayne n’aurait pas toléré qu’on touche un seul cheveu de son amant. Le sombre noble au regard paisible pouvait devenir brutal et il combattait avec une rage digne de celle d’un lycae.

— Eh bien, un de mes gardes aura donc un garde du corps.

— Cela ne s’est jamais vu…

— Tu as bien pris un humain pour Consort et ça non plus, ça ne s’était jamais vu.

J’eus cette fois droit à un sourire et un baiser léger sur mes lèvres.

— Très bien, s’ils acceptent… Mais ça ne fait que quatre hommes, loyaux, certes, mais c’est trop peu.

Bon sang ! De combien d’hommes devais-je m’entourer ?! Et puis, honnêtement, quatre étaient amplement suffisants étant donné que depuis que j’étais l’amant de Ryhad, personne n’avait attenté à ma vie… Enfin, sauf Rydënhad bien entendu…

— Oh et je veux aussi Baldwyin et Ruyin.

Cette fois, je vis l’expression de Ryhad se faire sombre et fermée. Je savais que de tous, ceux qui poseraient le plus de problème seraient les jumeaux. Je les avais rencontrés lorsque la Maison du Roi avait ouvert ses portes. Moi qui pensais que les jeunes de Ferin étaient sans protection aucune, j’avais découvert que ces deux hommes avaient déjà organisé un réseau d’entraide en marge de la loi. Ils tenaient une taverne à l’entrée Sud de la cité et réglaient les problèmes de la rue, usant de leur propre loi. Ils n’avaient rien d’enfants de chœur et même s’ils étaient d’anciens soldats de l’armée de Ferin, ils avaient aujourd’hui leur propre affaire.

Je m’étais arrangé avec eux pour qu’ils guident nos jeunes pensionnaires jusqu’à la porte du refuge que j’avais mis en place avec l’aide de Ker.

— Ils sont vicieux, apolitiques et leur loyauté est discutable, sans parler du fait qu’ils sont actuellement en prison pour ivresse et voie de fait…

Oh… Mince….

— Voie de fait ?

— Ils ont déclenché un combat de rue… Et y ont mis un terme avant que les gardiens du peuple interviennent… Ils doivent encore passer un mois entier dans les geôles.

Je me représentai les deux imposants guerriers aux cheveux noirs, l’un les portait tressés sur la moitié de son crâne, Ruyin, alors que son frère les avait courts… Mais c’était à peu de choses près la seule différence entre les deux frères. J’avais appris que les jumeaux étaient très rares et qu’un lien unique les unissait, ce qui ne m’étonnait pas. J’avais vu ces deux-là bouger comme un seul corps, la même démarche, la même expression, la même détermination furieuse.

Et pour une raison qui m’échappait… Ils m’appréciaient. Lors de notre première rencontre, Baldwyin avait foutu deux types dehors parce que l’un deux m’avait insulté sur mon sang humain. Rohïswen n’avait pas eu le temps d’intervenir que l’un de mes hôtes tenait déjà le type à la gorge. Il l’avait traîné jusqu’à la porte où il lui avait signifié qu’il n’avait plus sa place ici, lui et tout homme qui se dirait son ami.

La réaction brutale et honnête m’avait plu.

Je leur avais donc demandé d’aider Ker à gérer la Maison du Roi et je savais qu’ils venaient tous les deux donner des leçons de maniement d’armes aux jeunes…

— Qu’est-ce que tu veux pour les faire sortir plus tôt que prévu ?

Une lueur d’intérêt illumina les yeux de mon amant, je venais de capter toute son attention.

— Tu veux négocier ?

— Je suis prêt à… Disons donner de ma personne pour arriver à mes fins.

Un sourire sensuel se dessina sur ses lèvres et avant que j’aie pu ajouter quoi que ce soit, il se redressa et avec une nonchalance calculée, s’installa contre le montant du lit. D’une certaine façon, si je n’avais pas su que Ryhad était prince, je l’aurais deviné rien qu’à sa façon de bouger. Il avait cette attitude, ce maintien à peine perceptible qui tenait de la noblesse. Il avait été soldat et dans ses veines coulait le sang de guerriers, ce qui en règle générale, prédominait chez lui. Mais dans l’intimité, lorsqu’il baissait sa garde, certains tics de comportement ressortaient particulièrement.

Je le voyais à la façon dont ses larges épaules se cambraient pour soutenir son dos droit sans aucun effort, à son menton toujours relevé, à ses jambes dont les genoux repliés exposaient son intimité sans la moindre pudeur. L’ensemble donnait une impression imposante dont je me régalais chaque fois que je le pouvais.

— Tu me dévores des yeux…

— Je réfléchis à la négociation.

— Elle doit impliquer de me baiser si tu me regardes ainsi.

Je souris à mon tour, me mettant à genoux et tirant le drap pour couvrir ce qui devait l’être. Je voulais qu’il se concentre… un peu. Cela suffirait.

— Eh bien, je ne suis pas un expert mais a priori, je dois exposer ce que je veux et en retour tu obtiens quelque chose que tu veux. Si tu veux que je te baise, je peux faire ce sacrifice pour que tu libères mes hommes.

— Tes hommes… Tu es déjà si sûr que je vais les libérer.

— Tu m’as appris à ne pas douter de mon pouvoir de persuasion.

Il attrapa la carafe de vin sur la table et servit deux verres avant de me tendre l’un d’eux. J’acceptai, m’étant habitué au goût du vin.

— Donc, j’ai deux repris de justice enfermés dans mes geôles et tu voudrais obtenir leur libération. J’ai donc la possibilité d’obtenir deux faveurs, une pour chaque prisonnier.

Le raisonnement se tenait mais était discutable.

— Ce sont des jumeaux, ils ne sont qu’un. Une faveur pour les deux.

— Dans ce cas, je risque de demander quelque chose de terriblement et incroyablement osé.

Je me sentis frissonner à l’intonation basse et sensuelle de sa voix caressant ma peau. Il savait y faire, savait comment me distraire.

— J’ai l’impression que tu as déjà une idée bien précise de ce que tu veux me demander.

— Il y a quelque temps je t’ai parlé d’une chose que je convoite et dont je voulais te faire cadeau… T’en rappelles-tu ?

Je dus fouiller ma mémoire à la recherche d’une des nombreuses conversations basées sur les désirs de Ryhad que je refoulais généralement dans la case « Hors de question et physiquement impossible ». Ce fut son regard plein d’attente et de désir qui m’aiguilla sur la demande en question… Aussitôt je rougis en détournant les yeux. J’avais catégoriquement refusé lorsqu’il me l’avait demandé et une mission de dernière minute avait heureusement dirigé son attention ailleurs deux jours plus tard. Seulement, il semblait qu’il n’ait pas du tout oublié…

— T’as vraiment des fantasmes pas nets.

— J’ai au moins le mérite d’en avoir ce qui semble ne pas être ton cas… Ou du moins, tu ne les partages pas avec moi ce qui est assez vexant.

Quoi ? Comment pouvait-il douter que je fantasme sur lui ; il était le fantasme en entier ! J’avais bien eu envie de quelques jeux interdits et je devais avouer que je n’avais pas encore le cran nécessaire pour lui en faire part. Enfin, il se chargeait bien d’avoir des fantasmes pour deux, je ne me sentais absolument pas obligé d’en créer un moi-même… Quoique l’idée de le voir se donner du plaisir me laissait toujours rêveur. Mais autant dire que Ryhad aurait exigé la même chose que moi et mon envie la plus profonde était tellement voyeuriste qu’elle me mettait encore mal à l’aise.

Lui par contre ne se privait jamais de me décrire dans le détail les scènes les plus choquantes du répertoire amoureux.

— La plupart du temps, tu fantasmes assez bien pour deux, Ryhad…

Un sourire étira lentement ses lèvres comme une promesse aussi sensuelle que dangereuse.

— Ne te plains pas, tu y as toujours trouvé ton compte… Alors, ta réponse ?

Il connaissait déjà ma réponse, mais il aimait me faire dire les choses. Même si son jeu l’amusait particulièrement, il savait aussi que je ne dirais pas oui pour libérer les jumeaux, pas uniquement, et c’est ce qui faisait fonctionner nos petits échanges. Je trouvais assez plaisant qu’il pimente nos ébats sans me demander d’assumer le moindre de mes désirs, comme il n’exigeait pas que je lui dévoile mes fantasmes… Il attendait simplement que je sois prêt à les lui confier.

Bon, et pour passer le temps, il me balançait ses idées les plus tordues…

Et là, je m’apprêtais à accepter l’une des plus dangereusement existantes de sa liste.

— Est-ce que tu as au moins déjà fait ce genre de truc !

Il haussa un sourcil.

— Il te plairait de savoir que je l’ai déjà fait à un autre ?

— Pour autre chose, je dirais non, évidemment… Mais là, ça me rassurerait que tu n’y ailles pas en aveugle.

— Ah. Effectivement, je peux comprendre… Disons que j’ai appris la technique, mention excellent en théorie et pratique.

— Je me passerais de l’évaluation, merci…

J’avais toujours un peu de mal à encaisser que Ryhad avait appris à satisfaire son partenaire dans un bordel… Bon, je ne pouvais pas vraiment m’en plaindre parce que sa technique en question était irréprochable. Seulement voilà, maintenant quand il parlait de maison de plaisir, moi je voyais Rïsel, qui était devenu un ami précieux et même si mon amant ne l’avait jamais connu charnellement, même s’il avait tout appris avec le précédent Meneur de Ferin que je ne connaissais pas… J’en avais rien à foutre, ça me dérangeait quand même !

Enfin, pour l’occasion, je n’allais pas pester contre les détails…

— J’arrive pas à croire que je vais faire ça mais… c’est d’accord !

Un baiser chaste me surprit immédiatement alors que la paume de Ryhad se refermait sur ma nuque. Il s’écarta presque aussitôt, un sourire dans les yeux et les traits extatiques.

— Je te promets que tu ne le regretteras pas.

— Pourquoi ce genre de chose te met d’aussi bonne humeur ?

Il embrassa le coin de ma lèvre, ses doigts massant doucement ma nuque.

— Ce n’est pas tant ce que je te fais, mais que tu me laisses te les faire qui me plaît. Parce que je sais que cela te demande un effort mais que tu acceptes… pour moi et rien que pour moi.

Je souris, comprenant que ce n’était pas seulement le fantasme en lui-même qu’il lui plaisait de réaliser… C’était avant tout que je lui fasse assez confiance pour le rendre possible.

— Si tu n’abîmes pas la marchandise… Je partagerai peut-être un fantasme avec toi.

Une lueur de convoitise passa dans son regard.

— Ah oui… Et si j’abîme ?

— Dans ce cas prépare-toi à ne plus me toucher pendant un long, très long moment.

Nouveau sourire complice.

— Tu es dur en affaires.

— Comme dirait ton père : le marteau et l’enclume, Ryhad !

Je le vis tenter de retenir un rire devant ma mauvaise imitation du Roi et échouer lamentablement. Sa main remonta dans mes cheveux et il appuya son front contre le mien.

— Pitié, ne parle pas de mon père dans notre lit, mais je te remercie pour cette image… intéressante.

Nouveau baiser rapide avant qu’il ne quitte le lit d’un bond pour se diriger vers la penderie. Il disparut derrière les portes ne laissant derrière lui que le bruit de ses recherches. Je m’étais attendu à ce qu’il commence tout de suite et je me demandais bien ce qu’il cherchait. A priori, ce qu’il voulait me faire nécessitait que je sois nu.

Lorsqu’il en ressortit, il tenait plusieurs foulards en soie d’un rouge aussi sombre que le sang qui coulait dans mes veines. Après une hésitation, il se dirigea vers la porte qu’il ouvrit à demi. Là, je l’entendis murmurer des ordres précis aux deux gardes en faction permanente à notre porte… J’entendis clairement :

« Ne pas déranger. Quoi que vous entendiez. »

Aussitôt je rougis. Quand Ryhad prenait la peine de prévenir les gardes de l’entrée, en général, c’était qu’il avait prévu de me faire crier. C’était déjà arrivé une ou deux fois et chaque fois, son pouvoir ou le mien avait manqué de démolir une partie de la chambre et d’ameuter la moitié du Palais.

Cela n’arrivait pas souvent mais j’étais content que mon compagnon ait la présence d’esprit d’éviter une incursion dans notre intimité. Mais alors qu’il refermait la porte pour revenir vers le lit, j’oubliai qu’un monde tournait au dehors et que bientôt le Palais se réveillerait et commencerait à s’animer comme une ruche. J’oubliai tout parce que le regard de Ryhad était empli de promesses savoureuses et indécentes.

— Qu’est-ce que tu comptes faire avec ça ?

Je lui indiquai les foulards soyeux du regard.

— Je te connais par cœur Ren, tu aimes bouger quand je te prends et si j’adore ça en temps normal, ce que je prévois nécessite que tu n’aies pas de… sursaut au mauvais moment.

Alors là oui, je pouvais comprendre. Par les lunes, s’il ratait son coup, je risquais bien plus qu’un bleu ou qu’une petite journée alité. Je détestais l’idée de ne pas pouvoir le toucher, il le savait, mais je lui faisais confiance et il ne prendrait aucun risque. Pas de ce genre en tout cas.

— Bien, bien… Je ne proteste pas.

— Voilà qui est… rafraîchissant.

— Oh ferme-la et attache-moi qu’on en finisse !

Je m’installai sur le lit, frissonnant quand son rire emplit la chambre. J’aimais le faire rire et j’aimais être la seule personne à y parvenir aussi souvent. Je repoussai les draps avant de m’allonger sur le dos, à la fois excité et anxieux à l’idée de ce qui allait suivre. Pourtant quand Ryhad apparut dans mon champ de vision, je ne pensai même pas à lui suggérer un autre paiement pour la libération des jumeaux. Je ne pensai pas à lui refuser ce plaisir en échange d’un autre… Si je lui avais donné un non catégorique, il aurait simplement oublié son idée et serait passé à autre chose. Mais une partie de moi savait qu’il ne ferait rien qui me déplaise… Il n’était pas égoïste, du moins, pas au lit.

Sans attendre, il attrapa mes mains et joignit mes poignets pour enrouler un foulard autour d’eux, les liant fermement, ne leur laissant aucune chance de se libérer de la soie. Il attacha l’autre extrémité du foulard au montant du lit, tirant dessus jusqu’à ne plus me laisser que quelques centimètres de jeu.

— Accroche-toi au montant.

Sa voix avait baissé, devenant presque un murmure et je sus que le jeu venait de commencer. Je refermai donc mes mains sur le montant, me soulageant un peu du tiraillement des liens sur mes poignets.

— Bien… Maintenant plie les genoux.

Je le fis, ayant dépassé depuis un moment la crainte de m’exposer devant lui sans la moindre pudeur. Cela avait pris du temps, mais aujourd’hui, je n’étais plus aussi pudique qu’autrefois et je n’hésitais pas à lui obéir. Il passa l’un des foulards dans le creux de mon genou, avant de ramener mon talon droit tout contre ma fesse. Puis, il enroula le foulard autour de ma cuisse et de mon mollet, encore et encore avant de le nouer extrêmement serré. Je me retrouvais dans l’incapacité de déplier le genou et d’étendre la jambe. Ce n’était pas franchement douloureux, mais c’était inconfortable. Il fit de même avec l’autre jambe, pendant que j’admirais la teinte rouge carmin du tissu qui s’entrelaçait sur ma peau plus pâle. C’était assez esthétique en plus d’être efficace mais quand Ryhad en eut fini avec ma jambe gauche, je me rendis compte qu’il lui restait deux étoles entre les mains. Il noua l’une, puis l’autre au niveau des deux nœuds qui retenaient mes jambes pliées, puis il quitta le lit en attrapant une extrémité glissante entre ses doigts.

Je le suivis des yeux alors qu’il remonta à la tête de lit.

— Je tiens à avoir suffisamment de place entre tes jolies jambes…

Il passa l’extrémité du foulard par-dessus le montant du lit, puis tira dessus ce qui eut pour effet de tirer ma jambe sur le côté. Il raccourcit la longueur du foulard, m’écartant la jambe jusqu’à ce que le tiraillement de mon aine soit juste assez désagréable pour que je le sente. Il noua ensuite solidement l’étole au montant s’assurant plusieurs fois que celle-ci ne se distendrait pas.

Avec une lenteur calculée, il abandonna ce côté du lit et attrapa l’extrémité du dernier foulard pour écarter ma jambe gauche avec autant de fermeté que l’autre. Je me retrouvais dans une position des plus avilissantes et des plus exposées, l’entrejambe largement écartée, les genoux repliés et les bras au-dessus de la tête. La position aurait pu être franchement plus désagréable, mais je savais qu’elle allait le devenir s’il me laissait trop longtemps ainsi. Heureusement, me faire endurer ce tourment n’était pas le but de mon amant… Il voulait juste que je me tienne parfaitement immobile et c’était bien là le seul moyen d’y parvenir.

Quand il remonta sur le lit, il prit le temps d’admirer son œuvre avant de sourire, satisfait.

— Si j’avais mieux négocié, je t’aurais attaché de la tête au pied, couvrant entièrement ta peau de lien solide et doux… Ne laissant qu’une zone, particulièrement sensible, à portée de ma queue.

Il passa son doigt sur mon intimité et un frisson d’anticipation me parcourut tout entier. Je n’imaginais que trop bien à quoi je devais ressembler et l’image qu’il venait de me mettre en tête était on ne peut plus sulfureuse. Quand il y mettait les formes, Ryhad était capable de me faire accepter n’importe quoi. Et là, tout de suite, l’idée de me retrouver enseveli sous une montagne de liens, lui laissant seul accès à mon intimité palpitante était plus excitante que je ne l’aurais avoué.

De toute façon, je n’eus pas besoin de lui dire que je trouvais ça bandant, mon corps et mon souffle court parlaient pour moi.

— Regarde ce que ça me fait… De te voir à ma merci.

Je baissai les yeux, et au-delà de mon propre sexe en érection, je vis que le sien s’éveillait aux promesses qu’il murmurait rien que pour moi. J’aimais qu’il me parle ainsi, qu’il me décrive ce qu’il imaginait, qu’il me fasse part de sa créativité parce qu’il était inépuisable sur le sujet et que cela me promettait toujours des jouissances extrêmes, presque douloureuses.

— Mais pour cette fois, cela suffira…

Il rampa sur le lit, son corps surplombant le mien alors qu’il se glissait entre mes jambes en prenant soin de ne pas me toucher jusqu’à ce que ses lèvres frôlent les miennes.

— Tu comptes me torturer longtemps ?

Ma voix n’était qu’un souffle, et il profita de l’occasion pour prendre possession de ma bouche, sa langue conquérant la mienne en un baiser profond, humide et parfaitement maîtrisé. Il joua avec moi, me laissant reprendre mon souffle une courte seconde pour mieux replonger et durant un moment j’oubliai que j’étais attaché et que je ne pouvais pas le toucher. Lorsqu’il s’écarta après un dernier coup de langue, son regard était voilé d’un désir à peine contenu.

— Je viens à peine de commencer…

— Quoi ?

Il sourit et je me rendis compte que j’avais complètement oublié ma question.

— À te torturer. Je ne fais que commencer…

Un dernier baiser chaste avant que ses lèvres ne descendent explorer mon cou.

— Tu dois être. Terriblement excité. Pour y prendre du plaisir.

Chaque bribe de phrase agrémentée d’un baiser humide avant que ses dents se plantent dans la chair tendre juste sous l’oreille. Je soupirai sous la sensation intime et familière de ses crocs qui ne poussèrent pas jusqu’à percer ma peau, simple taquinerie envoûtante. Puis l’impact de sa langue goûtant lentement mon corps offert et trouvant finalement un téton dressé. Cette fois ses mains vinrent se joindre au jeu et caressèrent l’intérieur de mes cuisses largement écartées. Il chatouilla mon aine, tendue, évitant à chaque instant de toucher mon sexe… Mais ses cheveux glissaient de ses épaules et venaient effleurer mon ventre, éveillant des sensations merveilleuses sur ma peau à chaque mouvement de sa langue sur mon mamelon.

Je renonçai à la moindre retenue, car la position me coupait le souffle et le mieux était encore de ne rien retenir, de détendre mon ventre et de laisser monter les gémissements qui ne demandaient qu’à être exprimés.

— Ryhad c’est… bon…

Un sourire tout contre ma peau et un coup de dent qui me fit tressauter malgré le lien.

— Si tu es incapable de rester immobile pour ça… Que vas-tu faire quand je vais…

Un baiser sur ma chair meurtrie alors que sa main remontait le long de mon aine jusqu’à empoigner fermement mon sexe dans sa paume.

— Mordre ici.

La caresse d’un pouce sur l’extrémité de mon sexe me fit pousser un cri tout autant que son explication grisante. C’était bien ce dont il m’avait parlé, l’un des fantasmes… Il voulait mordre à l’endroit le plus sensible de mon corps, poser ses lèvres sur mon membre dressé, prêt à jouir et juste à la limite de la libération, enfoncer ses crocs aiguisés dans la veine pulsante et y tirer le plus infime filet de sang.

Un des plaisirs les plus intimes qu’un vampire pouvait offrir à son amant, l’un des plus prisés et le plus profondément inavouable.

— Fais-le !

Ma voix était chargée d’insatisfaction, excitation et d’impatience ce qui me donna droit à son rire le plus bas et le plus complice. Il lâcha mon érection et sa main glissa sur mon ventre avant de remonter sur mon téton délaissé avec lequel elle se mit à jouer.

— Toujours si pressé de recevoir… Mais j’ai tellement, tellement envie de te lécher. Partout. Et tu es tout à moi. Mon adorable Ren.

J’aurais dû me douter qu’il ferait durer sa mise en scène et qu’il prendrait plaisir à m’avoir ainsi rien que pour lui. J’avais beau anticiper sa morsure, je ne pouvais pas m’empêcher d’éprouver du plaisir à la situation… Je trouvais toujours incroyable qu’il puisse deviner mes réactions avec autant de facilité. Mais il y arrivait à la perfection et même si l’attente me rendait dingue, je n’allais pas m’en plaindre.

Il posa ses lèvres sur mon genou et ses mains se posèrent sur mes cuisses, caressant la peau, aiguisant mes sensations. Si j’avais pu, j’aurais cambré mes hanches ou porté mes mains à ses cheveux pour l’obliger à se concentrer plus vite sur une partie douloureuse de mon anatomie mais il avait si bien noué les foulards que je ne pouvais pas faire le moindre mouvement. Je ne pouvais que subir et puisque mon corps était enchaîné, contraint à l’immobilité, je n’étais que plus conscient des moindres effleurements.

Ce jeu avait un côté grisant parfaitement inattendu.

Je fermai les yeux, me concentrant sur ses mains ; il évitait toujours soigneusement les zones les plus sensibles, celles qui me faisaient réagir au quart de tour. Au lieu de ça, je découvris qu’un chemin de baisers à l’intérieur de la cuisse était aussi excitant que s’il avait attaqué mon cou. Je frissonnai quand il atteignit l’aine délicieusement sensible et fermai les yeux pour mieux profiter du moment.

— Tu es tellement réceptif…

Je pris une longue inspiration.

— Seulement pour toi.

Je sentis un sourire sur ma peau avant que sa langue ne trace un sillon enflammé jusqu’à la pointe de mon membre tendu de désir.

— Alors ouvre les yeux et regarde.

Malgré mon état, je dus m’armer de tout mon courage pour lui obéir, la pointe d’anxiété se transformant en un souffle de peur ténu, englobé d’une envie de plus en plus pressante de jouir. Je me préparai à faire le grand saut et une fois prêt, j’ouvris les yeux et les baissai jusqu’à rencontrer ceux de mon consort. L’expression de Ryhad était à la fois concentrée et emplie d’attente contenue, un cocktail explosif qui me laissa désarmé et gémissant.

Il laissa son souffle caresser mon érection, de bas en haut avec une lenteur délibérée qui manqua de peu de me faire perdre l’esprit. Ses doigts s’enfoncèrent dans la chair tendre de mes cuisses, y apposant une pression solide qui empêchait le moindre frémissement de muscle, le moindre sursaut, éloignant le moindre risque.

— Ne retiens rien… Je te rattrape.

Cette fois, je ne pus empêcher un sourire d’éclairer mon visage, bien que mon expression devait être chargée d’impatience.

— Je sais.

Alors il referma ses lèvres sur l’extrémité de mon membre, en éprouvant la rigidité du bout de la langue avant de l’avaler tout entier jusqu’à la garde. Mon souffle se bloqua dans ma gorge sous l’explosion de sensation brûlante, humide, chaude autour de mon érection déjà si proche de décharger son plaisir. Mais je résistai, repoussant le moment de l’explosion. Lorsqu’il se retira, je manquai de peu de grogner de mécontentement mais la perte ne fut pas longue. Il replongea aussitôt, plus rapidement, m’avalant à un rythme irrégulier qui me rendait dingue. Je cessai d’avoir le moindre contrôle, laissant monter la pression jusqu’à la rupture…

— Ry…

Un éclair fulgurant passa devant mes yeux, annihilant toutes les formes, les couleurs, les pensées, les sensations… Tout s’effaça complètement, remplacé par une vague électrique violente qui fit exploser mon contrôle. Je criai d’un plaisir inédit, transcendant mon corps tremblant retenu par les liens de soie et par les mains si dures, si fermes de Ryhad.

Vint alors une seconde vague, brûlante, qui ravagea mes membres déjà anéantis et là, je les sentis… Les crocs de Ryhad plantés dans la chair si tendre et sensible de mon sexe, juste sous la veine palpitante qui pulsait au rythme erratique des battements de mon cœur. Puis je me rendis compte que je jouissais chaque fois que Ryhad aspirait un filet de sang et que mon torse était déjà couvert des preuves de mes orgasmes qui n’en finissaient plus.

Je cherchai Ryhad derrière le voile flou qui couvrait mon regard et trouvai deux océans de braise incandescente qui me dévoraient tout entier. Cela seul aurait pu me faire à nouveau partir mais il aspira une nouvelle fois et je jouis à nouveau dans un cri mourant. C’était comme si ses crocs étaient directement rattachés aux nerfs ultrasensibles qui déclenchaient orgasme sur orgasme…

Jusqu’à ce que mon dernier cri porte une pointe de douleur et d’épuisement qui fit aussitôt lâcher prise à Ryhad. Mais il ne fit que déplacer son baiser, de mon sexe à ma bouche me faisant goûter mon propre sang sur sa langue. Embrumé, je le laissai m’embrasser comme un pantin, conscient que j’aurais été incapable de bouger à présent, même si je l’avais voulu.

Épuisé, ravagé par l’expérience que je venais de vivre, je remarquai à peine que Ryhad avait détaché les foulards à une vitesse ahurissante… Et que doucement, tendrement, il caressait mes doigts au niveau du montant du lit, les massant pour les encourager à s’ouvrir…

Puis, je me rendis compte qu’il parlait et que sa voix grave m’atteignait sans le moindre sens. Alors je luttai pour remonter, pour revenir à moi parce que je voulais le retrouver, le toucher, reprendre contact avec la réalité qu’il avait fait imploser… écroulée comme un château de cartes.

— Magnifique…

— Hm…

Je venais de récupérer l’ouïe mais la parole était encore aux abonnés absents. Un rire bas et chaud caressa mon oreille alors que Ryhad embrassait mes doigts enfin libérés de l’étreinte que j’avais maintenue sur le montant du lit.

— Ne t’inquiète pas, tes sensations vont revenir… Laisse à ton corps le temps de gérer la surcharge sensorielle…

Un baiser au coin de mes lèvres alors qu’il me prenait dans ses bras comme une poupée de chiffon. Je reposais contre lui, repu, envahi par un bien-être que je n’avais que rarement ressenti et un peu dérouté par ce qui venait de se passer.

— C’était tellement fort Ren… Tu veux savoir combien de fois tu as joui ?

J’en avais compté trois d’affilée mais j’avais l’impression d’avoir raté quelques détails.

— Tu as déchargé six fois en quelques minutes… Un véritable régal pour les yeux.

Il continua à me cajoler de paroles à la fois excitantes et apaisantes parce qu’elles m’aidaient à me rendre compte de ce qui s’était produit. Puis la parole me revint, en même temps que ma capacité à bouger. Je levai ma main vers son visage et pris sa joue en coupe.

— C’était… déroutant et flippant… Et complètement renversant.

Il sourit et je lus une sorte de fierté masculine dans son regard qui me donna envie de l’embrasser. Il dut le sentir, parce qu’il se pencha aussitôt pour répondre à ma demande muette.

— C’est toi qui es déroutant et renversant, mon amour… Te voir jouir de cette façon m’a fait perdre tout mon contrôle, comme un jeune puceau devant sa première fellation.

Incapable de résister, je souris et baissai les yeux pour constater qu’effectivement, il n’était plus en érection. Il avait déchargé en me regardant faire ce qui me rappela que je pouvais le taquiner un peu à mon tour.

— Quel dommage, moi qui pensais réaliser mon premier fantasme après le tien.

Il ne se laissa pas prendre et se pencha pour glisser ses lèvres à mon oreille.

— Laisse-moi un instant et je serais à nouveau prêt pour toi…

C’était terriblement tentant, cette voix pleine de sous-entendus brûlants.

— Moi je risque d’avoir plus de mal… Je suis vidé.

— Ça, c’est que j’ai bien fait mon travail et rassure-toi, la source est inépuisable. On pourra recommencer.

Oui, peut-être, sans le moindre doute. Mais pas avant un moment parce que même si j’avais adoré ce qu’il venait de me faire découvrir, les sensations avaient été particulièrement éprouvantes.

— Avec de l’entraînement, tu pourrais jouir jusqu’à dix fois d’affilée sans éprouver de douleur.

— Impossible !

— Très possible… La morsure contrôle l’intensité de ton plaisir. J’ai… un peu trop tiré sur la corde cette fois-ci, je me contrôlerai mieux la prochaine fois.

Je me redressai, les bras un peu tremblants et repoussai Ryhad sur le lit.

— Alors comme ça, tu penses que je vais te laisser recommencer ?

Il n’y avait rien de meilleur que la complicité après du bon sexe.

— Évidemment… Si je te le demande.

Il me connaissait si bien et je ne pouvais pas dire que cela m’avait déplu.

— Alors Ren, je n’ai pas cassé ton engin, j’ai donc mérité de savoir quel est ton fantasme.

Hm… Oui, j’avais effectivement promis ça. Je me redressai, évitant ainsi de le couvrir de ma semence, même si je savais qu’il s’en fichait complètement.

— Eh bien, c’est pas grand-chose, presque rien en fait… Mais, j’aimerais te regarder pendant que tu le fais.

Il fronça les sourcils et je me penchai pour murmurer à son oreille :

— Pendant que tu te fais jouir.

Lorsque je me redressai, son regard me frappa à nouveau comme un mur de chaleur incandescent. Il était toujours… tellement plein de désir, toujours tellement à moi.

— Oui… Oui je me donnerai du plaisir pour toi et j’adorerai ça.

— Je sais.

Le monde pouvait attendre. La tradition pouvait attendre. Les jumeaux et la Garde pouvaient attendre…

Parce que Ryhad allait me tenir dans cette chambre pendant un long, très long moment. Après tout, il n’y avait pas d’endroit en ce monde où je pouvais être plus en sécurité qu’ici.

Avec lui.

 

 

 

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7 réflexions sur“ Bonus – La garde, Faith Kean

  • Maëva
    Maëva
    20 December 2015 21 h 33 min

    Et bien décidément, chaque fois que je crois que je sais à quoi m'attendre, Faith Kean me surprend de nouveau et ce bonus est aussi délicieux que surprenant!! J'ai vraiment adoré !! J'adore cette auteur, j'adore cette univers, j'adore cette ME XDDD Merciiiiiiiiiii Merciiiiiiiiii

  • Jessy
    Jessy
    22 December 2015 11 h 39 min

    Magnifique Bonus ! Merci Mille merci ! Ren & Ryhad un couple unique ! Faith Kean est vraiment une auteur Extra ! BRAVO ! ♥♥♥♥♥♥

  • Akitsu
    Akitsu
    22 December 2015 22 h 19 min

    ça fait tellement du bien de lire un bout de Faith Kean ! Comme toujours ces deux-là sont irrésistibles ! <3 J'ai adoré !

  • Tchouck
    Tchouck
    22 December 2015 23 h 20 min

    Super petit cadeau de noël :) j'adore l'univers de Faith Kean que je lis depuis un petit moment déja :D Et là la surprise de ce petit bonus topissime ^^ qui redonne du courage pour les vacances et les prochains partiels :D Bonne fêtes à vous tous (toutes) mxm bookmarks et Faith Kean !! Merci pour ce super cadeau de noël ^^ vous êtes top :)

  • Heavy
    Heavy
    26 December 2015 2 h 30 min

    Bonus au top !!!Merci beaucoup pour ce cadeau j'ai juste adoré et ça fait tellement de bien de les revoir tout les deux *^* Ils me manquent ensemble TxT Ren a bien murît et ça fait plaisir, j'aime le voir comme ça <3 (Et il a toujours ce côté arrogant qui nous plaît tant !) En tout cas merci beaucoup !!!

  • Marine
    Marine
    24 February 2016 18 h 39 min

    J'ai adoré ! Merci pour le bonus, c'est toujours un vrai plaisir de se replonger dans cet univers !

  • Cherry
    Cherry
    25 August 2016 18 h 27 min

    Juste.. Wouah. En lisant l'Apprenti, j'avais espéré voir un jour Rïsel dans la suite des Chroniques de Ren, mais j'y croyais pas trop. Maintenant que je sais que Ren et lui se connaissent, je croise les doigts pour qu'il fasse une apparition, même minime, dans Messager, que je me languis d'avoir en format papier, ou/et Guerrier. ♥ Le lemon était super, comme d'habitude. Je pense que les fantasmes sont quelques choses que l'on doit parler à cœur ouvert avec son compagnon/sa compagne, alors c'est génial de voir Ryhad si.. libéré ? En tout cas, ça ne semble pas être un sujet tabou entre nos deux petits gars, même si Ren reste plus timide. Le petit clin d’œil à Jessamy m'a rendue triste parce qu'il me manque. J'espère lire des bonus sur lui un jour. :D Ryhad a du le rendre fou, le pauvre, haha ! J'ai hâte de lire encore du Faith Kean !

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